Voeux 2018


Interprétation imagée du discours de Charlie Chaplin dans Le Dictateur.

Chaque année, fin décembre, les membres ou les visiteurs peuvent proposer un message en
tant que voeux pour l'année suivante. Voici le voeux pour cette année :



Il était là, devant ma porte, attendant que je lui ouvre.
Lorsque je l’eus ouverte, l’homme de ménage me demanda gentiment :

« Good morning Sir, may I clean your room ? »
(Bonjour Monsieur, est-ce que je peux nettoyer votre chambre ?)

Vous me direz que dans un hôtel c’est une situation banale ! Pourtant, je ne sais pas, ce matin, cette demande sonnait
extrêmement fausse. En effet, qu’avais-je fait pour mériter qu’un homme plus âgé que moi vienne me demander l’autorisation
de nettoyer ma chambre ? Un sentiment étrange, comme une sorte de malaise me traversa. En effet, dans quelle société
retrouverions-nous ce type de relation ? J’ai eu beau retourner le problème dans tous les sens ; le seul mot qui me revenait
sans cesse à l’esprit était : ESCLAVAGISME.

Plus modérément, les conservateurs et les défenseurs du système préféreront, sans doute, le mot plus neutre d’« échange »
(je travaille, tu travailles, il travaille). Mais alors si on est d’accord avec ce qui me parait clairement être un euphémisme,
il conviendrait d’interroger l’égalité des chances, la reproduction sociale à travers le système scolaire et ses critères d’évaluation.
Par exemple, le fait que certaines personnes n’ont simplement pas le choix et qu’ils doivent travailler au plus vite pour répondre
aux nécessités d’un contexte familial précaire. Ensuite, c’est bien la hiérarchisation effectuée par le système scolaire et son système
de valeur qu’il faudrait interroger ; car ne nous méprenons pas, à l’école puis ensuite à l’université ou sur le marché du travail,
il ne s’agit que d’adaptation, d’alignement.

Toute la question est alors de savoir si nous avons validé, démocratiquement, ce système de valeur qui, de toute évidence,
valorise l’égoïsme du carriérisme sur lequel nous devons tous nous aligner ? Sinon, acceptons-nous de voir dans la démocratie
actuelle qu’un subterfuge, afin que les plus riches continuent à être servis pendant que les plus pauvres, c’est-à-dire nous,
la majorité, continuent à servir tout en croyant (et voilà toute l’ironie de l’histoire) être servis ?

Alors, certes, à la fin de cet écrit et comme vous certainement, je ressens fortement un paradoxe.
Le paradoxe de celui qui fumerait un cigare tout en critiquant l'exploitation des usines ou de celui qui
parlerait de la crise écologique dans un avion. Il est évident que cette situation est problématique à
plusieurs niveaux et pose la question des conditions de la critique et de sa cohérence. Autrement dit,
comment critiquer le capitalisme alors qu'on en profite ? Faut-il renoncer à toute forme de consumérisme
hédoniste pour pouvoir, légitimement, critiquer le système ? Faut-il s'abstenir de critiquer le règne de l'argent,
lorsqu'on en possède ?

De toute évidence, ce sont des questions difficiles ; mais cette situation a le mérite de pousser le paradoxe assez
loin pour le rendre visible également chez toutes personnes qui voudraient, en Suisse ou dans un pays riche, le dénoncer.

Dubaï, le 31 décembre 2017
Luca B


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