Manifeste ou introduction aux lettres et au blog

Lausanne, novembre 2009

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Manifesto

« J'ai appris une chose et je sais en mourant qu'elle vaut pour chacun : Vos bons sentiments, que signifient-ils si rien n'en parait dehors ? Et votre savoir, qu'en est-il s'il reste sans conséquences ? (…) Je vous dis : Souciez-vous, en quittant ce monde, non d'avoir été bon, cela ne suffit pas, mais de quitter un monde bon ! »

Bertolt Brecht, Sainte Jeanne des abattoirs, 1930.

C’est de notre servitude passive à un pouvoir devenant toujours plus totalitaire que j’essayerai, dans cette lettre, d’alarmer ou de rappeler la citoyenneté contemporaine. Et c’est sous le titre de : « Le sens de la démocratie », in english : « The meaning of democracy » que j’ai choisi de signifier notre allégeance à un pouvoir invisible mais omniprésent, nous rendant chaque jour de plus en plus dépendant et sans valeur face à une humanité qui avance à grand pas vers sa propre mort.

!!WAKE UP !!
Aujourd’hui, plus que jamais nous vivons dans une apathie du consentement, complètement inconscients, sourds et aveugles à notre environnement et à l’autre. Comme dans une bulle à vingt mille lieues dans le ciel, nous essayons de croire à un sens à nos vies. Occupés à brasser l’air, nous ne savons plus qui nous sommes et pourquoi nous sommes. La spiritualité, celle qui faisait vivre nos ancêtres, est devenue artifice de l’argent. Par spiritualité, je ne parle pas d’une quelconque religion, je parle de sens. Ce sens qui remplissait nos vies et qui consistait à faire de nos simples actions la raison de notre présence sur terre. Aujourd’hui, rien ! Toutes nos actions sont définies, nommées et catégorisées. Prisonnières d’un système fermé, elles ne peuvent plus qu’être des formalités, des espaces du conventionnel, au mieux, elles apparaissent comme de pâles reflets de notre concupiscence pour nous-mêmes. Mais qui sommes-nous ? Pouvons-nous vraiment être « bons » lorsque la réception de nos actes ne peut être séparée de notre rôle, de notre contexte et donc de notre appartenance à une humanité qui, on ne peut l’ignorer, succombe face à la lourdeur d’un narcissisme individuel autocentré sur des valeurs de reconnaissance. Refuser son narcissisme ? Jamais, cela mène à la mort car la seule voie qu’a trouvé le capitalisme moderne, est celle de la glorification en soliloque. C’est le chacun pour soi et la démocratie pour tous ! Pourtant :

Nous sommes les autres. Ceux que l’on croise dans la rue, ceux qui nous vendent nos sandwichs à 9frs. L’autre est tantôt celui que l’on aime à juger, à se comparer, à ignorer tantôt c’est lui qui nous donne notre reconnaissance sociale en même temps qu’ils nous jugent, nous comparent, nous ignorent. Quelle belle danse, que celle de la modernité, où tout est devenu jeu des apparences, théâtre des séductions ! A la recherche frénétique d’un trésor, qui, même trouvé nous portera jamais à ce que l’on cherche vraiment.

Et pendant que cette course chronométrée se déroule, les artistes créent, justifient leurs travaux, essaient de se faire une place dans un monde de l’art qui, de l’art ne porte que le slogan. Une place payée sur l’autre. Un artifice de reconnaissance individuelle qui ne porte, on le sait, que les miettes d’une histoire de l’art passée. Mais cher artiste, n’arrêtez pas : Peignez, créez, réalisez, une peinture de 4 mètres de haut, une installation minimale, une vidéo haute définition. Bienvenu dans le carnaval de la consommation, dans le rituel de l’abondance celui qui, par ses nouveaux objets, renouvelle la vieille idéologie asphyxiée du capitalisme. Sur un socle blanc illuminé d’une lumière froide, le néolibéralisme a acheté l’art, en dollars… L’artiste du marché est devenu un spéculateur professionnel en quête d’un objet transitionnel inatteignable. Refusant de voir que son histoire, celle de l’art, s’est terminé en même temps que l’humanité, s’est rationalisée. Le sens de la présence de l’art s’est éteint lorsque l’art plaça sa valeur sur sa finalité. Comme cela, la gloire de l’art est devenue son requiem. Car c’est bien dans un monde complètement défini et maintenant mondialisé que nos « œuvres » devront se faire une place. Inutile encore de cacher notre romantisme refoulé à du sophisme conceptuel.

Le « nouvel art » celui que je prône, a, comme objectif premier une recontextualisation au sein d’une société-citoyenne. C’est pour un « engagement civil et actif » que je me positionne, l’art devenant ainsi non pas un objet mais un processus participatif à une praxis. Plus qu’une lettre ouverte, le document joint est un appel à la conscience commune, une sonnette d’alarme face à la dépendance, la surveillance, l’aliénation et au nivellement dont la configuration néolibérale nous enferme de plus en plus. La question n’est donc pas vraiment de savoir si ma lettre pose les bonnes questions, propose des initiatives qui vous plaisent, si elles vous paraissent naïves ou utopistes… La question se trouve dans le comment vous, je dis bien « vous », pouvez signifier votre voie en dehors des prédispositions de votre rôle interne à une réalité qui, avouons-le, ne nous appartient pas.

En résumé et pour être plus concis et clair : Je prône une société-citoyenne d’où l’humain singulier a surpassé ses intérêts individuels et narcissiques pour devenir un être-au-monde. Un être-citoyen conscient et responsable dans une société dont il est un acteur important et actif. Pour cela, le pouvoir doit être annihilé en même temps que la hiérarchie. L’humain doit se réapproprier sa réalité, sa vie. Il doit apprendre à dépasser ses propres désirs qui l’aliènent et le rendent toujours plus petit pour commencer à parler à l’autre. Cette « réappropriation » dépasse tout art, toute connaissance, toute science, on parle là, de conséquences, d’actions.

Ensemble, on doit penser à de nouveaux espaces, on doit s’unir pour combattre un ennemi qui est à l’intérieur de nous-mêmes et que je nomme : La réalité.

Je reste optimiste et comme Jean-François Brient dans son texte De la servitude moderne visible sur internet, je dirais : « Mon optimisme est basé sur la certitude que cette civilisation va s’effondrer. Mon pessimisme sur tout ce qu’elle fait pour nous entraîner dans sa chute. ».

En vous souhaitant une bonne lecture, je vous envoie mes salutations Humaines.

Luca



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